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Vie de Moliere [Pseudonym of Jean Baptiste Poquelin] by Voltaire [Pseudonym of Francois Marie Arouet]

V >> Voltaire [Pseudonym of Francois Marie Arouet] >> Vie de Moliere [Pseudonym of Jean Baptiste Poquelin]This etext was produced by Laurent Le Guillou





Source:

Jean-Baptiste Poquelin (1620-1673), alias Moliere,
"Oeuvres de Moliere, avec des notes de tous les commentateurs",
Tome Premier,
Paris, Librarie de Firmin-Didot et Cie,
Imprimeurs de l'Institut, rue Jacob, 56,
1890.


[Spelling of the 1890 edition. Footnotes have been retained because
they provide the meanings of old French words or expressions.
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and so on) have been replaced by us-ascii ones.]





VIE DE MOLIERE

PAR VOLTAIRE




Le gout de bien des lecteurs pour les choses frivoles, et
l'envie de faire un volume de ce qui ne devrait remplir que
peu de pages, sont cause que l'histoire des hommes celebres
est presque toujours gatee par des details inutiles et des
contes populaires aussi faux qu'insipides. On y ajoute souvent
des critiques injustes de leurs ouvrages. C'est ce qui est
arrive dans l'edition de Racine faite a Paris en 1728. On
tachera d'eviter cet ecueil dans cette courte histoire de la vie
de Moliere ; on ne dira de sa propre personne que ce qu'on a
cru vrai et digne d'etre rapporte, et on ne hasardera sur ses
ouvrages rien qui soit contraire aux sentiments du public
eclaire.

Jean-Baptiste Poquelin naquit a Paris en 1620, dans une
maison qui subsiste encore sous les piliers des halles. Son
pere, Jean-Baptiste Poquelin, valet de chambre tapissier chez
le roi, marchand fripier, et Anne Boutet, sa mere, lui
donnerent une education trop conforme a leur etat, auquel ils le
destinaient : il resta jusqu'a quatorze ans dans leur boutique,
n'ayant rien appris, outre son metier, qu'un peu a lire et a
ecrire. Ses parents obtinrent pour lui la survivance de leur
charge chez le roi ; mais son genie l'appelait ailleurs. On a
remarque que presque tous ceux qui se sont fait un nom dans
les beaux-arts les ont cultives malgre leurs parents, et que
la nature a toujours ete en eux plus forte que l'education.

Poquelin avait un grand-pere qui aimait la comedie, et qui
le menait quelquefois a l'hotel de Bourgogne. Le jeune homme
sentit bientot une aversion invincible pour sa profession. Son
gout pour l'etude se developpa ; il pressa son grand-pere
d'obtenir qu'on le mit au college, et il arracha enfin le
consentement de son pere, qui le mit dans une pension, et
l'envoya externe aux jesuites, avec la repugnance d'un bourgeois
qui croyait la fortune de son fils perdue s'il etudiait.

Le jeune Poquelin fit au college les progres qu'on devait
attendre de son empressement a y entrer. Il y etudia cinq
annees ; il y suivit le cours des classes d'Armand de Bourbon,
premier prince de Conti, qui depuis fut le protecteur des
lettres et de Moliere.

Il y avait alors dans ce college deux enfants qui eurent
depuis beaucoup de reputation dans le monde. C'etaient
Chapelle et Bernier ; celui-ci connu par ses voyages aux Indes,
et l'autre celebre par quelques vers naturels et aises, qui lui
ont fait d'autant plus de reputation qu'il ne rechercha pas
celle d'auteur.

L'Huillier, homme de fortune, prenait un soin singulier
de l'education du jeune Chapelle, son fils naturel ; et, pour
lui donner de l'emulation, il faisait etudier avec lui le jeune
Bernier, dont les parents etaient mal a leur aise. Au lieu meme
de donner a son fils naturel un precepteur ordinaire et pris
au hasard, comme tant de peres en usent avec un fils legitime
qui doit porter leur nom, il engagea le celebre Gassendi a se
charger de l'instruire.

Gassendi ayant demele de bonne heure le genie de
Poquelin, l'associa aux etudes de Chapelle et de Bernier.
Jamais plus illustre maitre n'eut de plus dignes disciples. Il
leur enseigna sa philosophie d'Epicure, qui, quoique aussi
fausse que les autres, avait au moins plus de methode et plus
de vraisemblance que celle de l'ecole, et n'en avait pas la
barbarie.

Poquelin continua de s'instruire sous Gassendi. Au sortir
du college, il recut de ce philosophe les principes d'une
morale plus utile que sa physique, et il s'ecarta rarement de ces
principes dans le cours de sa vie.

Son pere etant devenu infirme et incapable de servir, il fut
oblige d'exercer les fonctions de son emploi aupres du roi.
Il suivit Louis XIII dans le voyage que ce monarque fit en
Languedoc en 1641 ; et, de retour a Paris, sa passion pour la
comedie, qui l'avait determine a faire ses etudes, se reveilla
avec force.

Le theatre commencait a fleurir alors : cette partie des
belles-lettres, si meprisee quand elle est mediocre, contribue
a la gloire d'un Etat quand elle est perfectionnee.

Avant l'annee 1625, il n'y avait point de comediens fixes a
Paris. Quelques farceurs allaient, comme en Italie, de ville
en ville : ils jouaient des pieces de Hardy, de Monchretien, ou
de Balthazar Baro.

Ces auteurs leur vendaient leurs ouvrages dix ecus piece.

Pierre Corneille tira le theatre de la barbarie et de
l'avilissement, vers l'annee 1630. Ses premieres comedies, qui
etaient aussi bonnes pour son siecle qu'elles sont mauvaises
pour le notre, furent cause qu'une troupe de comediens
s'etablit a Paris. Bientot apres, la passion du cardinal de
Richelieu pour les spectacles mit le gout de la comedie a la
mode, et il y avait plus de societes particulieres qui
representaient alors que nous n'en voyons aujourd'hui.

Poquelin s'associa avec quelques jeunes gens qui avaient
du talent pour la declamation ; ils jouaient au faubourg
Saint-Germain et au quartier Saint-Paul. Cette societe eclipsa
bientot toutes les autres ; on l'appela l'"Illustre Theatre". On
voit par une tragedie de ce temps-la, intitulee Artaxerce,
d'un nomme Magnon, et imprimee en 1645, qu'elle fut
representee sur l'illustre theatre.

Ce fut alors que Poquelin, sentant son genie, se resolut de
s'y livrer tout entier, d'etre a la fois comedien et auteur, et
de tirer de ses talents de l'utilite et de la gloire.

On sait que chez les Atheniens les auteurs jouaient souvent
dans leurs pieces, et qu'ils n'etaient point deshonores pour
parler avec grace en public devant leurs concitoyens. Il fut
plus encourage par cette idee que retenu par les prejuges de
son siecle. Il prit le nom de Moliere, et il ne fit, en
changeant de nom, que suivre l'exemple des comediens d'Italie et
de ceux de l'hotel de Bourgogne. L'un, dont le nom de
famille etait le Grand, s'appelait Belleville dans la tragedie, et
Turlupin dans la farce ; d'ou vient le mot de "turlupinade".
Hugues Gueret etait connu, dans les pieces serieuses, sous le
nom de Flechelles ; dans la farce, il jouait toujours un
certain role qu'on appelait Gautier-Garguille ; de meme,
Arlequin et Scaramouche n'etaient connus que sous ce nom de
theatre. Il y avait deja eu un comedien appele Moliere, auteur
de la tragedie de "Polyxene" (1).

Le nouveau Moliere fut ignore pendant tout le temps que
durerent les guerres civiles en France ; il employa ces annees
a cultiver son talent et a preparer quelques pieces. Il avait
fait un recueil de scenes italiennes, dont il faisait de petites
comedies pour les provinces. Ces premiers essais, tres informes,
tenaient plus du mauvais theatre italien, ou il les avait
pris, que de son genie, qui n'avait pas eu encore l'occasion de
se developper tout entier. Le genie s'etend et se resserre par
tout ce qui nous environne. Il fit donc pour la province
"le Docteur amoureux", "les trois Docteurs rivaux",
"le Maitre d'ecole" ; ouvrages dont il ne reste que le titre.
Quelques curieux ont conserve deux pieces de Moliere dans ce genre :
l'une est "le Medecin volant", et l'autre "la Jalousie de
Barbouille". Elles sont en prose et ecrites en entier. Il y a
quelques phrases et quelques incidents de la premiere qui nous
sont conserves dans "le Medecin malgre lui" ; et on trouve
dans "la Jalousie de Barbouille" un canevas, quoique informe,
du troisieme acte de "George Dandin".

La premiere piece reguliere en cinq actes qu'il composa fut
"l'Etourdi". Il representa cette comedie a Lyon en 1653. Il y
avait dans cette ville une troupe de comediens de campagne,
qui fut abandonnee des que celle de Moliere parut.

Quelques acteurs de cette ancienne troupe se joignirent a
Moliere, et il partit de Lyon pour les etats de Languedoc
avec une troupe assez complete, composee principalement de
deux freres nommes Gros-Rene, de du Parc, d'un patissier (2)
de la rue Saint-Honore, de la du Parc, de la Bejart, et de
la de Brie.

Le prince de Conti, qui tenait les etats de Languedoc a
Beziers, se souvint de Moliere, qu'il avait vu au college ; il
lui donna une protection distinguee. Moliere joua devant lui
"l'Etourdi", "le Depit amoureux", et "les Precieuses ridicules".

Cette petite piece des "Precieuses", faite en province,
prouve assez que son auteur n'avait eu en vue que les
ridicules des provinciales ; mais il se trouva depuis que
l'ouvrage pouvait corriger et la cour et la ville.

Moliere avait alors trente-quatre ans ; c'est l'age ou Corneille
fit "le Cid". Il est bien difficile de reussir avant cet age
dans le genre dramatique, qui exige la connaissance du
monde et du coeur humain.

On pretend que le prince de Conti voulut alors faire
Moliere son secretaire, et que, heureusement pour la gloire du
theatre francais, Moliere eut le courage de preferer son talent
a un poste honorable. Si ce fait est vrai, il fait egalement
honneur au prince et au comedien.

Apres avoir couru quelque temps toutes les provinces, et
avoir joue a Grenoble, a Lyon, a Rouen, il vint enfin a Paris
en 1658. Le prince de Conti lui donna acces aupres de Monsieur,
frere unique du roi Louis XIV ; Monsieur le presenta
au roi et a la reine mere. Sa troupe et lui representerent la
meme annee, devant leurs majestes, la tragedie de "Nicomede",
sur un theatre eleve par ordre du roi dans la salle des gardes
du vieux Louvre.

Il y avait depuis quelques temps des comediens etablis a
l'hotel de Bourgogne. Ces comediens assisterent au debut de
la nouvelle troupe. Moliere, apres la representation de
"Nicomede", s'avanca sur le bord du theatre, et prit la liberte de
faire au roi un discours par lequel il remerciait sa majeste de
son indulgence, et louait adroitement les comediens de l'hotel
de Bourgogne, dont il devait craindre la jalousie : il finit
en demandant la permission de donner une piece d'un acte
qu'il avait jouee en province.

La mode de representer ces petites farces apres de grandes
pieces etait perdue a l'hotel de Bourgogne. Le roi agrea
l'offre de Moliere, et l'on joua dans l'instant "le Docteur amoureux".
Depuis ce temps, l'usage a toujours continue de donner
de ces pieces d'un acte ou de trois apres les pieces de cinq.

On permit a la troupe de Moliere de s'etablir a Paris ; ils
s'y fixerent, et partagerent le theatre du Petit-Bourbon avec
les comediens italiens, qui en etaient en possession depuis
quelques annees.

La troupe de Moliere jouait sur ce theatre les mardis, les
jeudis et les samedis ; et les Italiens, les autres jours.

La troupe de l'hotel de Bourgogne ne jouait aussi que trois fois
la semaine, excepte lorsqu'il y avait des pieces nouvelles.

Des lors, la troupe de Moliere prit le titre de "la Troupe de
Monsieur", qui etait son protecteur. Deux ans apres, en 1660,
il leur accorda la salle du Palais-Royal. Le cardinal de Richelieu
l'avait fait batir pour la representation de "Mirame",
tragedie dans laquelle ce ministre avait compose plus de cinq
cents vers. Cette salle est aussi mal construite que la piece
pour laquelle elle fut batie ; et je suis oblige de remarquer a
cette occasion, que nous n'avons aujourd'hui aucun theatre
supportable : c'est une barbarie gothique que les Italiens nous
reprochent avec raison. Les bonnes pieces sont en France, et
les belles salles en Italie.

La troupe de Moliere eut la jouissance de cette salle jusqu'a
la mort de son chef. Elle fut alors accordee a ceux qui eurent
le privilege de l'Opera, quoique ce vaisseau soit moins propre
encore pour le chant que pour la declamation.

Depuis l'an 1658 jusqu'a 1673, c'est a dire en quinze annees
de temps, il donna toutes ses pieces, qui sont au nombre
de trente. Il voulut jouer dans la tragedie, mais il n'y
reussit pas ; il avait une volubilite dans la voix, et une espece
de hoquet qui ne pouvait convenir au genre serieux, mais qui
rendait son jeu comique plus plaisant. La femme (3) d'un des
meilleurs comediens que nous ayons eus a donne ce portrait-ci
de Moliere :

<< Il n'etait ni trop gras ni trop maigre ; il avait la taille
plus grande que petite, le port noble, la jambe belle ; il
marchait gravement, avait l'air tres serieux, le nez gros,
la bouche grande, les levres epaisses, le teint brun, les
sourcils noirs et forts ; et les divers mouvements qu'il leur
donnait lui rendaient la physionomie extremement comique.
A l'egard de son caractere, il etait doux, complaisant,
genereux. Il aimait fort a haranguer ; et quand il
lisait ses pieces aux comediens, il voulait qu'ils y
amenassent leurs enfants, pour tirer des conjectures de leur
mouvement naturel. >>

Moliere se fit dans Paris un tres grand nombre de partisans,
et presque autant d'ennemis. Il accoutuma le public, en lui
faisant connaitre la bonne comedie, a le juger lui-meme tres
severement. Les memes spectateurs qui applaudissaient aux
pieces mediocres des autres auteurs, relevaient les moindres
defauts de Moliere avec aigreur. Les hommes jugent de nous
par l'attente qu'ils en ont concue ; et le moindre defaut d'un
auteur celebre, joint avec les malignites du public, suffit pour
faire tomber un bon ouvrage. Voila pourquoi "Britannicus"
et "les Plaideurs" de M. Racine furent si mal recus ; voila
pourquoi "l'Avare", "le Misanthrope", "les Femmes savantes",
"l'Ecole des Femmes" n'eurent d'abord aucun succes.

Louis XIV, qui avait un gout naturel et l'esprit tres juste,
sans l'avoir cultive, ramena souvent, par son approbation,
la cour et la ville aux pieces de Moliere. Il eut ete plus
honorable pour la nation de n'avoir pas besoin des decisions de
son prince pour bien juger. Moliere eut des ennemis cruels,
surtout les mauvais auteurs du temps, leurs protecteurs
et leurs cabales : ils susciterent contre lui les devots ; on lui
imputa des livres scandaleux ; on l'accusa d'avoir joue des
hommes puissants, tandis qu'il n'avait joue que les vices en
general ; et il eut succombe sous ces accusations, si ce meme
roi, qui encouragea et qui soutint Racine et Despreaux, n'eut
pas aussi protege Moliere.

Il n'eut a la verite qu'une pension de mille livres, et sa
troupe n'en eut qu'une de sept. La fortune qu'il fit par le
succes de ses ouvrages le mit en etat de n'avoir rien de plus a
souhaiter ; ce qu'il retirait du theatre, avec ce qu'il avait place,
allait a trente mille livres de rente ; somme qui, en ce temps-la,
faisait presque le double de la valeur reelle de pareille
somme d'aujourd'hui.

Le credit qu'il avait aupres du roi parait assez par le
canonicat qu'il obtint pour le fils de son medecin. Ce medecin
s'appelait Mauvilain. Tout le monde sait qu'etant un jour au
diner du roi : << Vous avez un medecin >>, dit le roi a Moliere ;
<< que vous fait-il ? >> << Sire >>, repondit Moliere, << Nous causons
ensemble ; il m'ordonne des remedes, je ne les fais point, et
je gueris. >>

Il faisait de son bien un usage noble et sage ; il recevait
chez lui des hommes de la meilleure compagnie, les Chapelle,
les Jonsac, les Desbarreaux, etc., qui joignaient la volupte
et la philosophie. Il avait une maison de campagne a Auteuil
ou il se delassait souvent avec eux des fatigues de sa
profession, qui sont bien plus grandes qu'on ne pense. Le marechal
de Vivonne, connu par son esprit et par son amitie pour
Despreaux, allait souvent chez Moliere, et vivait avec lui comme
Lelius avec Terence. Le grand Conde exigeait de lui qu'il le
vint voir souvent, et disait qu'il trouvait toujours a apprendre
dans sa conversation.

Moliere employait une partie de son revenu en liberalites,
qui allaient beaucoup plus loin que ce qu'on appelle dans
d'autres hommes "des charites". Il encourageait souvent par
des presents considerables de jeunes auteurs qui marquaient
du talent : c'est peut-etre a Moliere que la France doit Racine.
Il engagea le jeune Racine, qui sortait de Port-Royal, a
travailler pour le theatre des l'age de dix-neuf ans. Il lui fit
composer la tragedie de "Theagene et de Chariclee" ; et quoique
cette piece fut trop faible pour etre jouee, il fit present
au jeune auteur de cent louis, et lui donna le plan des "Freres
ennemis".

Il n'est peut-etre pas inutile de dire qu'environ dans le
meme temps, c'est a dire en 1661, Racine ayant fait une ode
sur le mariage de Louis XIV, M. Colbert lui envoya cent
louis au nom du roi.

Il est triste pour l'honneur des lettres, que Moliere et
Racine aient ete brouilles depuis : de si grands genies, dont
l'un avait ete le bienfaiteur de l'autre, devaient etre toujours
amis.

Il eleva et il forma un autre homme qui, par la superiorite
de ses talents et par les dons singuliers qu'il avait recus de la
nature, merite d'etre connu de la posterite. C'est le comedien
Baron, qui a ete unique dans la tragedie et dans la comedie.
Moliere en prit soin comme de son propre fils.

Un jour, Baron vint lui annoncer qu'un comedien de campagne,
que la pauvrete empechait de se presenter, lui demandait
quelques legers secours pour aller joindre sa troupe.
Moliere ayant su que c'etait un nomme Mondorge, qui avait
ete son camarade, demanda a Baron combien il croyait qu'il
fallait lui donner. Celui-ci repondit au hasard : << Quatre pistoles.
-- Donnez lui quatre pistoles pour moi >>, lui dit Moliere,
<< en voici vingt qu'il faut que vous lui donniez pour
vous >> ; et il joignit a ce present celui d'un habit magnifique.
Ce sont de petits faits ; mais ils peignent le caractere.

Un autre trait merite plus d'etre rapporte. Il venait de donner
l'aumone a un pauvre : un instant apres, le pauvre court
apres lui, et lui dit : << Monsieur, vous n'aviez peut-etre pas
dessein de me donner un louis d'or : je viens vous le rendre.
-- Tiens, mon ami >>, dit Moliere, << en voila un autre. >> ;
et il s'ecria : << Ou la vertu va-t-elle se nicher ! >> Exclamation
qui peut faire voir qu'il reflechissait sur tout ce qui se
presentait a lui, et qu'il etudiait partout la nature en homme
qui la voulait peindre.

Moliere, heureux par ses succes et par ses protecteurs,
par ses amis et par sa fortune, ne le fut pas dans sa maison.
Il avait epouse en 1661 une jeune fille nee de la Bejart et d'un
gentilhomme nomme Modene. On disait que Moliere en etait
le pere : le soin avec lequel on avait repandu cette calomnie,
fit que plusieurs personnes prirent celui de la refuter. On
prouva que Moliere n'avait connu la mere qu'apres la naissance
de cette fille. La disproportion d'age et les dangers
auxquels une comedienne jeune et belle est exposee rendirent
ce mariage malheureux ; et Moliere, tout philosophe
qu'il etait d'ailleurs, essuya dans son domestique les degouts,
les amertumes, et quelquefois les ridicules qu'il avait si
souvent joue sur le theatre : tant il est vrai que les hommes qui
sont au-dessus des autres par les talents, s'en rapprochent
presque toujours par les faiblesses ; car pourquoi les talents
nous mettraient-ils au-dessus de l'humanite ?

La derniere piece qu'il composa fut "le Malade imaginaire".
Il y avait quelque temps que sa poitrine etait attaquee, et
qu'il crachait quelquefois du sang. Le jour de la troisieme
representation, il se sentit plus incommode qu'auparavant : on
lui conseilla de ne point jouer ; mais il voulut faire un effort
sur lui-meme, et cet effort lui couta la vie.

Il lui prit une convulsion en prononcant "juro", dans le
divertissement de la reception du malade imaginaire. On le
rapporta mourant chez lui, rue de Richelieu. Il fut assiste
quelques moments par deux de ces religieuses qui viennent
queter a Paris pendant le careme, et qu'il logeait chez lui. Il
mourut entre leurs bras, etouffe par le sang qui lui sortait
par la bouche, le 17 fevrier 1673, age de cinquante-trois ans.
Il ne laissa qu'une fille, qui avait beaucoup d'esprit. Sa veuve
epousa un comedien nomme Guerin.

Le malheur qu'il avait eu de ne pouvoir mourir avec les
secours de la religion et la prevention contre la comedie
determinerent Harlay de Chanvalon, archeveque de Paris, si
connu par ses intrigues galantes, a refuser la sepulture a
Moliere. Le roi le regrettait ; et ce monarque, dont il avait ete
le domestique et le pensionnaire, eut la bonte de prier
l'archeveque de Paris de le faire inhumer dans une eglise. Le cure
de Saint-Eustache, sa paroisse, ne voulut pas s'en charger.
La populace, qui ne connaissait dans Moliere que le comedien,
et qui ignorait qu'il avait ete un excellent auteur, un
philosophe, un grand homme en son genre, s'attroupa en foule a la
porte de sa maison le jour du convoi : sa veuve fut obligee de
jeter de l'argent par les fenetres ; et ces miserables, qui
auraient, sans savoir pourquoi, trouble l'enterrement,
accompagnerent le corps avec respect.

La difficulte qu'on fit de lui donner la sepulture, et les
injustices qu'il avait essuyees pendant sa vie, engagerent le
fameux pere Bouhours a composer cette espece d'epitaphe,
qui, de toutes celles qu'on fit pour Moliere, est la seule qui
merite d'etre rapportee, et la seule qui ne soit pas dans cette
fausse et mauvaise histoire qu'on a mise jusqu'ici au-devant
de ses ouvrages :

Tu reformas et la ville et la cour ;
Mais quelle en fut la recompense ?
Les Francais rougiront un jour
De leur peu de reconnaissance.
Il leur fallut un comedien
Qui mit a les polir sa gloire et son etude :
Mais, Moliere, a ta gloire il ne manquerait rien,
Si, parmi les defauts que tu peignis si bien,
Tu les avais repris de leur ingratitude.

Non seulement j'ai omis dans cette Vie de Moliere les
contes populaires touchant Chapelle et ses amis ; mais je suis
oblige de dire que ces contes, adoptes par Grimarest, sont tres
faux. Le feu duc de Sully, le dernier prince de Vendome,
l'abbe de Chaulieu, qui avaient beaucoup vecu avec Chapelle,
m'ont assure que toutes ces historiettes ne meritaient
aucune creance.



FIN DE LA VIE DE MOLIERE.


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Notes [from 1890 edition]

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(1) Un autre Moliere (Francois), sieur d'Essertines, publia en
1620 un roman en un vol.in-octavo, intitule "La Semaine amoureuse".
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(2) Peut-etre faut-il lire : "de du Parc, FILS d'un patissier," etc.
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(3) Mademoiselle du Croisy, fille du comedien du Croisy, et femme de
Paul Poisson, comedien, fils de Raimond Poisson.
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Elliott Kastner obituary

John Makinson says that if people want to read using new technology, that's what publishers must give them

Penguin this week celebrates its 75th year and is marking the anniversary by repackaging a series of seminal books from the 1960s to the 1980s. Although the company might afford itself a brief look backwards, it feels as though there is little room for nostalgia in book publishing now, as the industry turns its face firmly – and apprehensively – to the future.

Amazon last week announced sales of ebooks on its US site had outnumbered hardbacks for the first time, stunning casual observers, even if it had not been entirely unexpected in the trade.

The launch of the iPad has added a sense of urgency. Where music went first, books are set to follow, although Penguin and other publishers would hope without the same devastating effects. Amazon this week launched a cheaper, more lightweight version of its Kindle ebook reader and a digital store on its UK site, while others, including Google, are muscling in. Digital book sales are still less than 1% of Penguin, but the direction of the market is clear. In the US, digital books already account for 6% of consumer sales.

Penguin chief executive John Makinson says he is a convert. The day after we meet he is on his way to India, as part of David Cameron's delegation, and had loaded titles on to his iPad, including a manuscript by John le Carré and some Portuguese classics (in English) ahead of Penguin launching a range in Brazil. He is also reading Lord Mandelson's diary. It simply makes sense, he says, instead of carting an armful of books in your carry-on luggage.

Innovation

"It does redefine what we do as publishers and I feel, compared with most of my counterparts, more optimistic about what this means for us," he says. "Of course there are issues around copyright protection and there are worries around pricing and around piracy, royalty rates and so on, but there is also this huge opportunity to do more as publishers."

Publishing, he says, must embrace innovation: "I am keen on the idea that every book that we put on to an iPad has an author interview, a video interview, at the beginning. I have no idea whether this is a good idea or not. There has to be a culture of experimentation, which doesn't come naturally to book publishers. We publish a lot of historians, for example. They love the idea of using documentary footage to illustrate whatever it is they're writing about."

The very definition of a book is up for grabs he says, although the company has just published a version of Ken Follett's The Pillars of the Earth for the iPad in the US that might provide clues – and horrify traditionalists. It includes scenes from a TV adaptation embedded in the text, as well as extras including the show's music soundtrack and Follett's video diary during the making of the series.

For now, Makinson says, digital books are expanding the market; hardback sales in the US are up this year, despite the march of ebooks. Piracy is not yet a significant issue and lessons have been learned from the music business.

"You have to give the consumer what the consumer wants – you can't tell the consumer to go away. So we didn't participate in this experiment where a number of publishers deferred publication of the ebook until a certain number of months after the hardcover publication. I thought that was a very bad idea. If the consumer wants to buy a book in an electronic format now, you should let the consumer have it."

He has added confidence, because with tablets such as the iPad, consumers are used to paying a subscription to the wireless operator and for "apps", creating a more benign environment than the wild west of the PC, where users are used to getting everything for free.

Penguin's profits more than doubled to £44m in the first half of the year. The company gained market share, but one reason for the dramatic improvement was the outsourcing of some design and production to India last year; the company now has around 100 designers in Delhi making books for Dorling Kindersley, belying the idea that Britain can at least live off its creative industries. Makinson defends the decision and says DK is now back in profit, which means it can reinvest in Britain: "We can't pretend we can do everything here. In order to be internationally competitive, some work needs to be done in other places."

About 8% of the publisher's sales are from its classics, including Jane Austen and Charles Dickens, and revenues are still growing, despite much of the copyright being in the public domain. It is launching the range in Mandarin, Korean and Portuguese. But it is not all highbrow. What would Penguin's founder, Sir Allen Lane, whose aim was to publish quality paperbacks for the masses, have made of Penguin putting out books "by" Peter Andre or Ant & Dec?

"Allen Lane's view was that we should publish good writing of all kinds for all audiences at affordable prices," Makinson says. "I'm not saying he would necessarily have approved every single publishing decision we take, but would he have approved of Penguin being a very democratic publishing company, publishing for lots of different tastes? I think he would definitely have approved."

Makinson has long been mentioned as a successor to Dame Marjorie Scardino, who runs Pearson, Penguin's parent company. Her departure has been a perennial question, though she has defied the investment community's chattering classes by staying in her post for well over a decade. She has also confounded expectations by keeping Penguin and the Financial Times in a group dominated by educational publishing. Makinson says it now makes more sense than ever for Penguin to remain part of the group, as the digital era draws each division closer.

He says there will still be the need for publishers in the digital world: "I used to have this discussion with [Hitchhiker's Guide to the Galaxy author] Douglas Adams. He created this thing called the digital village, an online publishing platform. Douglas's argument was, 'all of my friends will come along and publish on digital village and you the publishers will be disintermediated, you will be irrelevant'. Well, it hasn't happened. I am not aware of any successful direct to consumer publishing model that exists.

"The reason it doesn't work is that the publishers do actually perform quite a useful service: they edit the book, then they publicise it." In the physical world, they make sure it is stocked in bookshops, he adds.

Clubbable

Makinson, 55, perhaps feels more adaptable than some of his counterparts because he arrived at Penguin as an outsider. A clubbable character, he has taken an unusual career path, from a journalist on the Financial Times, to working for the Saatchis, setting up his own investment consultancy, running the Financial Times and then becoming Pearson finance director, despite having no training as an accountant.

But his passion for books is evident. Five years ago, he and his brother bought a bookshop in the small Norfolk town of Holt. For an out-of-the-way independent, the Holt Bookshop attracts a starry line-up of authors for events, including Stephen Fry, due to talk about his new autobiography, which, perhaps not surprisingly, is published by Penguin.

"We are all terribly sentimental about books," Makinson insists. "It is terribly important to me that we sell lots of wonderful books in my little independent in Norfolk, and when I talk about digital I do sometimes worry that it looks as though I am neglecting all this," he points to the books on the shelves behind him, "which I am not."

CV

Born: 1954, Derby.

Education: Graduated from Cambridge with honours in English and History.

Career: 1976-1979, journalist, Reuters; 1979-1986, journalist, Financial Times; 1986-1989, vice-chairman, Saatchi & Saatchi; 1989-1994, co-founder of capital markets advisory firm Makinson Cowell; 1994-1996, managing director, Financial Times; 1996-2002, finance director, Pearson; 2002-present, chairman and chief executive Penguin Books.

Other interests: chairman of the Institute for Public Policy Research, a director of the National Theatre and of the International Rescue Committee, a humanitarian organisation.

Family: Married with two daughters.


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The nostalgia narrative now aches to a different tune | John Freeman

Late-flowering writer of biographies and children's books

Verily Anderson, who has died aged 95, published more than 30 books – memoirs, biographies, children's stories and work ranging from personal reminiscences to Shakespeare scholarship and 10 Brownie books. She was a late starter: her breakthrough as a writer came in 1956, at the age of 41, when she published Spam Tomorrow, a deft and frequently uproarious account of her wartime experiences on the home front. Critics hailed it as a new kind of memoir, one of the first to explore the lives of women in wartime.

Before the success of Spam Tomorrow, she led a life that was colourful but frequently impecunious. Born in Edgbaston, Birmingham, the fourth of five children of the Rev Rosslyn Bruce and his wife Rachel (nee Gurney), Verily was always certain that she wanted to be a writer. As children, she and her brothers edited and wrote a nursery magazine which they called the News of the World. Verily's haphazard schooling ranged from a few years at Edgbaston high school for girls to being taught at home by her mother, to a brief and unsuccessful stint at the Royal College of Music in London. She said she worked at "100 different jobs" (including writing advertising copy, illustrating sweet papers and working as a chauffeur) before the outbreak of the second world war, when she enlisted with the First Aid Nursing Yeomanry, on the grounds that if there were going to be a war, it would be "less frightening to be in the middle of things".

During the war she met Donald Anderson, a writer who specialised in military history. They married in 1940 and had five children. With his encouragement, she made a precarious living as a freelance writer, while papering her lavatory walls with rejection slips received from publishers for her book projects. Her persistence was at last rewarded with the success of Spam Tomorrow – and a further half-decade on the bestseller lists. These years included a film adaptation of her 1958 memoir, Beware of Children, called No Kidding and starring Leslie Phillips and Geraldine McEwan (1960).

Donald died in 1956, and by the mid-60s Verily was again struggling financially. She was rescued by the actor Joyce Grenfell. They had struck up a friendship when Verily interviewed Grenfell for the BBC. Grenfell was so shocked at the conditions she found Verily living in that she bought her a home in Northrepps, a village in Norfolk, where she stayed for the rest of her life, writing dozens more books (including the critically acclaimed The Northrepps Grandchildren in 1968) and glorying in the role of matriarch to an ever-expanding family of children, grandchildren and great-grandchildren. When Verily married Paul Paget, architect and surveyor to the fabric of St Paul's Cathedral, in 1971, Grenfell was matron of honour.

In 2008 I conducted what turned out to be Verily's last interview. Letting myself in after some fruitless bell-ringing, I followed the sounds of a piano to her study door. "Oh my dear," she said, looking up at my knock. "There you are. Now – shall we have a gin, before we start?"

I had already heard all about Verily through her daughter, my friend the writer Janie Hampton, and so had a good idea what to expect. Janie's main piece of advice on hearing that we were going to meet was: "Whatever you do, don't let her pick you up from the station – she's half-blind." She also said: "Don't eat any of the cake she offers. She's always got some, and it's always about five weeks old."

Verily did have cake and it was past its best – but Verily definitely was not. She regaled me with anecdotes. I came away with the image of a woman with a twinkle in her eye, who after eight decades of writing was still full of energy and enthusing about her latest project. This – a memoir of the time she spent at Herstmonceux Castle, Sussex, in the 1930s and 40s – was completed the day before she died.

Verily is survived by her children, Marian, Rachel, Eddie, Janie and Alexandra, 16 grandchildren, 14 great-grandchildren – and Alfie, her beloved RNIB guide-dog.

• Verily Anderson, writer, born 12 January 1915, died 16 July 2010


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Tom Stoppard returns to BBC with Ford Madox Ford adaptation

The American literary genre of you can't go home again – that fertile ground farmed by Faulkner, Twain and Kerouac – has in the last half-century found a new voice abroad

At six foot, six inches tall, Thomas Wolfe had trouble entering most rooms. But he also had a problem with going back through them, especially if they led to the past. He had told too many truths – and too many lies – about where he came from in North Carolina.

In his posthumous 1940 novel, You Can't Go Home Again, he gave Americans a literary catchphrase for the pain so many of us who wind up far from where we grew up feel acutely.

After all, in the case of many Americans, if you leave the provinces only to return home, you are marked as a failure. At the very least, you run the risk of finding that flight has spoiled any fond memories you managed to smuggle out.

Think of the successful ad-man hero of John Updike's The Farm, who returns to his family's crumbling Pennsylvania farm for an emotionally fraught visit, or Quentin Compson of William Faulkner's Absalom, Absalom, shivering in his dorm room at Harvard, who begins his defence of the American south with the ringing endorsement, "I don't hate it ... I don't hate it."

This thread of conflicted nostalgia is strongest in America's most autobiographical novelists, especially the ones who had to leave to write but continuously dial back the past in their work: writers such as Jack Kerouac, who frantically travelled America, but wrote most of his later books about Lowell, while living with his mother in Queens and Florida.

Then there's Mark Twain, whose autobiography appears in the new issue of Granta, who rose out of Missouri and saw the world, but settled in Hartford, Connecticut in a white mansion that everyone around him could see looked exactly like a river steamboat.

But like so many things America feels it has invented, from democracy to baseball, the you-can-never-go-home again narrative is hardly unique to it. In fact, in the last half-century (and especially in the last 20 years, as diaspora writers from the Dominican Republic to Nigeria to India and Pakistan have emerged as some of our most vigorous storytellers), nostalgia – which is a combination of "returning home" and "ache" – has taken on a different texture.

In Granta's new issue, there's a story by the Sudanese writer Leila Aboulela, about a young man who has come to London from Khartoum to study mathematics. His mother, who worries he will never return, arranges for him to marry a devout Muslim wife – a move which backfires when she comes to London and reminds him of everything he left behind. Chimamanda Adichie, meanwhile, has a story about a Nigerian "big man" whose life is turned upside down when his ex-girlfriend announces she has come back to Lagos. As he speculates about the reasons for her return, Adichie's hero worries whether he has sacrificed something essential in his rise to the top.

In stories like these, not to mention the novels of Monica Ali or Kiran Desai or Uzma Aslam Khan, the export duty to elsewhere is high. The past isn't just the past – it's another country. And for reasons political and personal, there is no going back.


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